Donner la parole à ses peurs

Deux parties de moi s’affrontent incessamment. En fait, elles font leur chemin côte à côte, chacune à leur rythme et nourries par des émotions différentes. Il y a l’Anaïs déterminée, qui a envie de vivre des trucs DE DINGUE, rencontrer des personnes GENIALES dans le monde entier et se voir changée, grandie par cette expérience. Elle n’a peur de rien, elle veut tout voir, tout faire, tout vivre. C’est elle qui vous parle, en général. Et puis il y a l’autre, l’Anaïs bien installée dans sa zone de confort, qui se demande pourquoi elle a eu cette idée saugrenue alors que d’autres parcours étaient plus simples, moins engageants émotionnellement, plus classiques. Cette dernière a peur de ce qu’elle va vivre. Elle se nourrit de nombreuses peurs, souvent irrationnelles, parfois sensées, et elle estime avoir le droit à la parole, elle aussi.

Jeune fille se donnant un air d’aventurière (=moi), Laponie Suédoise, août 2018

J’ai peur de ne pas le faire. J’ai peur de me dégonfler, de dire, au dernier moment, « non, je n’en suis pas capable ». Est-ce que j’ai vraiment assez de courage pour quitter une vie confortable dont je n’ai « qu’à » suivre le cours pour partir sur un autre continent sans aucune certitude ? Et si je n’étais pas assez forte, psychologiquement, émotionnellement ? Je rêve de cette expérience depuis des années. Je me suis dit que j’allais le faire, puis j’ai abandonné l’idée, puis elle a de nouveau germé dans mon esprit, et… là, c’est presque le moment ! Est-ce que ça va être aussi bien que ce que j’ai imaginé ? Est-ce que je vais vraiment le faire ? Et si je l’avais trop rêvé ? Trop idéalisé ?


J’ai peur de rater des choses. Je vais certes rencontrer de nombreuses personnes avec lesquelles je vais créer des liens forts pendant ce voyage. Cependant, j’ai bien conscience que je ne reverrai jamais la majeure partie d’entre elles, et que ces relations, bien qu’agréables et essentielles à mon épanouissement personnel, seront éphémères. Mon écosystème de relations solides, qui ont prouvé maintes fois leur durabilité, est essentiellement en France. Et en mon absence, la vie va continuer. Mon frère va avoir son bac. Mes ami.es qui sont engagé.es dans des relations de longue durée vont peut-être se marier. Des enfants vont naître. Des choses plus tristes vont peut-être arriver. Et peut-être que je ne serai pas là pour assister à ces moments qui font vivre les liens et les renforcent. Et même si cela ne remet aucunement en question mon envie de partir, cette peur existe et m’accompagnera toujours un peu.


Je n’ai pas peur des gens que je vais rencontrer. J’ai confiance en les personnes que la vie mettra sur mon chemin. J’ai confiance en mon instinct et ma prudence. Je ne ferai pas que des bonnes rencontres, c’est sûr, mais j’ai confiance, tout ira bien. Pourtant, cet état d’esprit, que j’essaie d’entretenir au quotidien (notamment en organisant un nouveau week-end en stop, affaire à suivre), se retrouve rongé par toutes ces petites remarques inoffensives que l’on m’adresse très souvent : « Mais… tu pars seule ?! », « Ouah, quel courage de se lancer là-dedans ! », « Traverser un océan avec des gens que tu connais à peine ? Mais tu es folle ! ». Pourtant, je n’ai pas l’impression d’être plus courageuse ou folle qu’un.e autre. Et je ne suis pas la première à partir à l’aventure, je m’inspire au quotidien d’une multitude de voyageurs et voyageuses qui ont réalisé des projets similaires. Toujours est-il que ces remarques que l’on partage avec moi plantent dans ma tête des petites graines de peur, que j’essaie de ne pas arroser, parce qu’elles ne sont pas saines pour mon projet. Être prudente, se renseigner sur l’endroit où on va, prendre des précautions quand c’est nécessaire, être toujours un peu à l’affût de ce qu’il se passe autour de moi, c’est quelque chose dont j’ai conscience. Je n’aimerais simplement pas être avalée par la peur qu’il m’arrive quelque chose en permanence.


J’ai peur d’échouer. Et si après six mois je rentre parce que c’est trop dur d’être loin de ma famille et de mes ami.es ? Et si cela ne m’apporte pas le bonheur escompté, si je ne m’épanouis pas ? Et si je ne suis pas assez forte psychologiquement pour adopter ce mode de vie si différent de celui dans lequel j’ai évolué jusqu’ici ? Est-ce que toutes ces options feraient de mon expérience un échec ? La vraie réponse est non, car quelle que soit l’issue du voyage intérieur qui accompagnera mes aventures, cela m’apportera énormément. Cependant, il reste un petit bout de moi qui pense que les hypothèses citées ci-dessus constitueraient un échec. Cela reviendrait en effet à dire : non, je ne suis pas infaillible, j’ai cru que c’était fait pour moi, mais ce n’est pas le cas. J’ai cru que je serai assez forte, mais ce n’est pas le cas. Et a-t-on envie d’avoir l’air faillible, aux yeux des autres et de soi-même ?


Bon, j’ai peur, très bien. Mais n’est-ce pas normal d’avoir peur quand on s’apprête à faire un grand pas en dehors de sa zone de confort ? Est-ce que ce n’est pas bon signe, justement ? J’aimerais beaucoup avoir l’avis de celles et ceux qui me lisent : comment avez-vous réagi à la peur avant vos grands projets ? Comment l’avez-vous apprivoisée ? Quel impact a-t-elle eu sur votre énergie ?

J’ai un peu hésité à publier cet article, car je fais part de ressentis très personnels. Mais je trouvais important d’être transparente sur mon état d’esprit. J’essaie d’être authentique quand j’écris, et de parler de mon ressenti à l’instant T. C’est pour ça qu’il peut y avoir une telle différence de ton entre les articles !

Merci pour votre lecture et à très vite pour un sujet un peu moins dark 🙂

Anaïs

7 commentaires sur “Donner la parole à ses peurs

  1. Waouh, je me reconnais tellement dans cet article ! J’avais exactement les mêmes peurs, les mêmes incertitudes, les mêmes questionnements…
    Bon, alors déjà, à la question « Est-ce que j’idéalise trop ce voyage », je pense que la réponse est oui. Quand on prévoit un voyage de ce type, on se prépare forcément à vivre des galères, mais on ne se les imagine pas, bien souvent on préfère rêver aux beaux moments qui nous attendent ! Surtout quand on nourrit notre esprit de blogs de grands voyageurs et de photos de paysages paradisiaques ! Mais quoiqu’il en soit, ce voyage sera le tien et les souvenirs que tu vas te créer te resteront en tête à jamais.
    Ensuite, oui tu vas rencontrer des gens formidables que tu devras quitter tôt ou tard pour reprendre la route. Mais le côté éphémère de ces relations n’est-il pas ce qui les rend si belles justement ? Avec ces personnes que tu rencontreras, tu vivras des moments intenses et authentiques, précisément parce que tu sauras que le temps passé avec eux sera limité. Et encore une fois, ces personnes garderont un souvenir impérissable de toi, tout comme toi d’eux. Et crois-moi, je sais de quoi je parles, à l’instant ou j’écris ces lignes je suis en train de m’éloigner de personnes géniales avec qui j’ai passé des moments incroyables. Et même si ca me rend un peu triste, je souris en repensant à ces derniers jours.
    Oui, tes amis en France vont vivre de grandes choses sans toi, et tu vivras de grandes choses sans eux. On ne peut pas être là pour tous les grands moments de la vie de tout le monde, mais ca fera d’autant plus de choses à vous raconter lorsque vous vous retrouverez ! Et dans tous les cas, tes vrais amis seront toujours présents lorsque tu reviendras.
    Concernant cette peur de l’échec, tu réalises toi-même que c’est infondé ! Non ce n’est pas un échec de revenir, si cette vie ne te satisfait pas c’est que ton bonheur se trouve ailleurs ! Le plus important est de savoir s’écouter.
    Pour finir ce long commentaire, c’est normal d’avoir peur. Mais elle ne doit pas être un frein, elle doit être un moteur ! Je ne connais rien de plus beau que l’Inconnu, l’avenir est plein de belles promesses ! Courage à toi, quoiqu’il arrive, tout ira bien !

    J’aime

  2. Ce que je peux te dire après mes différents changements de vie il y a ce mélange inévitable entre peur et excitation mais qui se révèle être un moteur. Ensuite lorsque tu opères le changement il y a cette « magie », qui est juste géniale à vivre, les choses se mettent en place toutes seules comme de petits miracles . Rien que pour ces petits moments là je dis : fonce !

    J’aime

  3. Tes ressentis sont légitimes. Pour ma part, dès qu’en j’ai un peu trop peur avant une grande échéance, inconnue, rendez vous, je me focalise sur les choses pratiques dans lesquelles je peux mettre mon énergie pour préparer au mieux cette expérience. Je ne laisse pas mon anxiété empiéter sur mon présent, étant donné qu’elle est inutile car elle ne se manifeste pas pour protéger face à un danger, et qu’elle prend une énergie phénoménale qui est nécessaire dans tout ce qui permettra à ton voyage d’etre le plus safe possible. Le concret, pas trop se projeter et faire confiance à la vie 🙂

    J’aime

  4. Je suis un peu dans ce cas là aussi. J’ai souvent peur, avant de partir seule en voyage, mais la volonté de me challenger est toujours plus forte. C’est un sentiment normal… Et qui apparaît dès qu’on sort de sa zone de confort.

    J’aime

  5. Hi ! 😉
    Tu veux que je te dise ? …
    Ce n’est pas la peur qui tenaille le plus je crois, bien qu’elles soient toujours limitantes, c’est la peur de ne pas se suffire à soi toute seule, d’avoir à se démerder seule.
    C’est la solitude, sauf pour les ermites, qui ronge et qui limite.
    Néanmoins, avec les moyens actuels, on peut passer par des whatspp ou autre que je ne connais pas forcément et se raccrocher à des gens positifs qui te donneront un peu d’énergie que tu as perdu momentanément.
    Je suis partie, 6 semaines, seule, … enfin pas tout à fait, puisque j’étais avec mon chien et mon chat, ce qui, finalement, était bien mais aussi risqué si je devais avoir à les assumer en plus d’une galère hypothétique …
    Tu auras ton bagage comme compagnon et les liens virtuels … et la liberté.
    Ça peut t’apprendre AUSSI à quel point tu y es attachée … ou pas … et l’un n’est pas à juger par l’autre.
    Prends soin de toi.
    Laurence

    J’aime

Répondre à Aventurez Annuler la réponse.