Préparer mon projet en allant à Metz en stop

J’ai récemment découvert que l’aventure se trouve en bas de chez moi. Comme j’aimerais intégrer le stop comme moyen de transport de mon voyage (je vois déjà certain.es faire les gros yeux à cette idée), je me suis dit que si je voulais faire ça dans des contrées lointaines, il fallait d’abord que je sois capable de le faire à côté de chez moi. Récit de ma petite expédition.

Laponie Suédoise, Août 2018

J’ai eu un déclic concernant le stop en lisant en janvier le livre de Ludovic Hubler, Le Monde en Stop. A la sortie de son école de commerce, en 2003, il part faire le tour du monde en stop. Il prévoit de partir un an. Il rentrera au bout de cinq. Son livre et le mode de voyage qu’il véhicule ont eu une grande influence sur mon projet. Le stop me plaisait, j’avais envie de m’essayer à ce mode de transport qui permet d’aller à la rencontre des gens et qui a un côté très excitant. J’ai commencé à me renseigner sur d’autres expériences d’auto-stoppeurs autour du monde. J’ai trouvé plusieurs projets géniaux et particulièrement celui de Rossanna, qui voyage en stop d’Ushuaïa à l’Alaska. Elle est partie en mai 2018 et se trouve actuellement en Bolivie. C’est important d’avoir des role model quand on veut accomplir quelque chose : elle en est un parfait !

Après avoir vu tout ça sur internet, j’avais (j’ai toujours) très envie de faire ma propre expérience. Pourquoi ne pas tenter au départ de Paris ? Je me fixe une date, ce sera le premier week-end de mars, et j’irai… oh ben tient pourquoi pas à Metz, j’en profiterai pour aller voir Alexandra ! Grâce à cette super carte du monde qui nous montre les meilleurs endroits pour faire du stop suite à l’expérience de nombreux voyageurs, je décide de me rendre à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Paris, dans une station service à l’entrée de l’A4 (qui va directement à Metz) et de commencer par là-bas.

Jusqu’au jour J, mon entourage me prend un peu pour une folle. « Anaïs, tu es inconsciente, il va t’arriver des trucs… », « Tu n’y arriveras pas, personne ne va s’arrêter ! », « Mais… pourquoi tu fais ça en fait ? » … Et même moi, jusqu’au dernier moment, je ne sais pas vraiment si c’était juste des paroles en l’air ou si je vais vraiment le faire. Mais les gens qui essaient de me décourager de faire ça ou de me mettre en garde me donnent encore plus envie de me lancer.


Le samedi 1er mars, en gueule de bois lendemain de soirée, je prends le RER A et je descends à Bussy Saint-George. Après 45 minutes de marche, je me retrouve à l’entrée de l’autoroute, à quelques kilomètres de la station service tant attendue. Je sais que sur le petit rond-point sur lequel je me trouve, perdu dans les tréfonds de la banlieue Est, je ne trouverai jamais personne allant assez loin pour m’avancer significativement vers Metz. Il faut que je trouve une voiture qui me déposera à la station service. Je crois que c’est le moment de s’y mettre… je cherche l’endroit le plus adéquat pour tendre mon pouce (un endroit où je suis visible et où les voitures peuvent s’arrêter facilement) mais malheureusement ici, ce n’est pas optimal. Je n’ai pas le choix. Me voilà seule, à 30kms de Paris, après une nuit de 4h, debout à côté d’un rond point, à regarder les voitures passer sans oser tendre mon pouce. Pourquoi est-ce que j’aie peur alors que je suis juste sur le bord d’une route et que tout va bien se passer ? Clairement, je n’ai pas peur que les choses « se passent mal ». Mais l’idée de tendre son pouce, c’est affronter le regard des autres, accepter l’incertitude, et faire un petit grand pas en dehors de sa zone de confort. J’ai la boule au ventre… Je ne vais pas rester plantée là, il est midi et on m’attend en fin d’après-midi à Metz ! Et si je n’y arrivais pas ? Et si on se moquait de moi ? TENDS TON POUCE ET ARRÊTE DE RÉFLÉCHIR.

Bon ben voilà c’est bon il est tendu mon pouce pas la peine de parler comme ça… Pourquoi il s’est pas arrêté lui ? Et elle, pourquoi elle me regarde comme ça ? Pourquoi les gens ne me regardent même pas alors que je leur offre mon plus beau sourire ? Pourquoi je fais ça ???

Cette attente introspective durera finalement moins de 10 minutes. Ma première voiture est conduite par une jeune fille qui m’emmène à la station service à quelques kilomètres. On ne passe que quelques minutes ensemble mais elle trouve ce que je fais cool et m’encourage dans mon projet. Ça me donne de la force pour la suite du parcours ! Je la remercie chaleureusement et me retrouve livrée à moi-même dans une station service d’autoroute, de laquelle je ne pourrai sortir qu’en voiture. Je ne peux plus reculer !


Mais au fait, pourquoi une station service ?

  • Pour la praticité : étant sur l’autoroute, je sais que les gens vont dans la bonne direction.
  • Pour le contact : les conducteurs sont à l’arrêt et hors de leur voiture, il est donc beaucoup plus facile d’engager une conversation avec eux (et donc de les convaincre !).
  • Pour choisir ses conducteurs : je peux sélectionner les personnes auxquelles je demande une place dans leur voiture. Je crois qu’il est important d’écouter son instinct dans ces moments-là, et si ce-dernier me dit de ne pas y aller, je préfère attendre un peu plus et aller voir quelqu’un d’autre. Du coup, je privilégie les voitures où il y a des femmes, j’évite les hommes seuls… ça ne veut rien dire, je sais, mais je crois qu’on est tous bourrés de préjugés, non ?

Je me poste devant la boutique de la station service. Je vois bien que les gens se demandent ce que je peux attendre, mais je ne m’en préoccupe pas. Je réceptionne les conducteurs à leur sortie de la boutique et leur fait un grand sourire, associé à mon petit laïus :

« Bonjour ! Excusez-moi de vous déranger, je m’appelle Anaïs et je vais à Metz en stop. Est-ce que vous pourriez m’avancer ? »

Autant aller droit au but, et ça marche. Une dizaine de voitures plus tard (les quelques refus étant 90% du temps dus à un manque de place ou une destination qui n’est pas sur mon chemin), un couple de quadragénaires en déplacement professionnel accepte de m’avancer jusqu’à Reims. Je passe donc une bonne heure avec eux, et ils me déposent à une nouvelle station service. Celle-ci est déserte, je pense que je vais y rester un moment. Je ne peux pas me permettre de laisser passer une seule voiture potentielle, et je demande même à un routier espagnol, qui ne va malheureusement pas vers Metz. Finalement, 15 minutes après mon arrivée, un couple de femmes, très sceptiques sur ma manière de voyager, accepte de m’emmener jusqu’à la banlieue de Metz. La station service est vraiment une technique magique pour le stop !

Mes conductrices, (qui jettent leurs mégots de cigarettes par la fenêtre et à qui je ne peux pas faire de remarque parce qu’elles ont eu la gentillesse de m’accepter comme passagère), passent une bonne partie du trajet à s’inquiéter pour moi (et l’autre partie à me proposer à manger). Elles trouvent le stop très dangereux : « Qu’est-ce que qui aurait pu t’arriver si tu n’étais pas tombée sur nous ?! ». C’est très touchant et c’est ce genre de raisonnement qui permet de tomber plus facilement sur des gens bienveillants ! En effet, je relativise beaucoup sur le risque qu’il m’arrive quelque chose, et ce pour plusieurs raisons :

  • Je crois que notre façon de penser influe grandement sur notre réalité. Cette fable l’illustre bien. Notre perception du monde impacte nos expériences et notre manière de vivre. Jusqu’ici, la bienveillance dont j’essaie de faire preuve m’a apporté très majoritairement de la bienveillance en retour. Autant continuer ! « Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons à travers le prisme de notre sensibilité, de nos émotions,de notre esprit, de notre culture. Si le monde vous apparaît triste ou hostile, transformez votre regard et il vous apparaîtra autrement. » (C’est beau, hein?)
  • Ajoutons à ça notre instinct, notre intelligence intuitive comme l’appelle Psychologies. En se faisant confiance et en écoutant notre intuition, il y a de grandes chances que nous évitions pas mal d’embûches. Par exemple, j’ai refusé la première voiture qui s’est arrêtée à l’aller. Le conducteur me paraissait vraiment louche et je ne voulais pas monter avec lui. Je ne sais pas si je risquais vraiment quelque chose mais j’ai préféré écouter ce que mon instinct me disait et je lui ai demandé de redémarrer.

Je ne minimise pas le risque. Je sais qu’il est présent, mais (et j’ai peut-être tort, le temps me le dira) je compte sur mon bon sens pour ne pas prendre de risques inutiles (ne pas voyager la nuit, réfléchir à la manière dont on s’habille pour faire du stop,…), et sur les raisons citées ci-dessus pour tomber sur des gens agréables. Si je fais du stop un des moyens de transport de mon projet, j’aurai forcément des expériences moins bonnes que d’autres. Il faut savoir les anticiper et les gérer pour prendre les bonnes décisions quand elles surviennent.

Le couple avec qui j’avais embarqué me dépose finalement à moins de 10 minutes à pied de chez Alexandra. Il m’aura fallu 3h30 pour réaliser un trajet de 3h. Je suis plutôt fière !


24h après mon arrivée à Metz (qui est ville très mignonne avec de la bonne bière des gens très sympas qui plus est), je repars dans l’autre sens et après deux voitures qui m’avancent de quelques kilomètres, je trouve (à une station service, toujours!) un couple de jeunes qui rentre en région parisienne. Bingo ! Presque trop facile, retour maison réussi.

Je parlais des risques et des mauvaises expériences : la première voiture à m’avoir prise sur le retour m’a déposée sur un rond-point d’entrée d’autoroute en pleine campagne, avec 2 à 3 voitures qui passent chaque minute. J’ai bien cru que j’allais finir mon week-end là-bas et c’est pour ça que je suis montée dans la petite fourgonnette blanche qui s’est arrêtée, même si le conducteur ne me plaisait pas trop. Il était au final très gentil, mais j’ai dû être claire sur le fait que ce n’était pas la peine d’essayer de me draguer, et qu’il ne m’offrirait pas de café à la station service. Au final, nous avons parlé de son divorce et de sa vie et c’était peut-être la plus belle conversation du week-end. Il y en aura d’autres qui essaieront de draguer, de tâter le terrain pour voir si quelque chose est envisageable. En étant claire et ne laissant pas de place au doute, en leur parlant de leur famille, on se protège et leur comportement change. Au final, cet homme (j’ai oublié son prénom…) était profondément gentil et ne m’aurait jamais fait de mal.

Pour moi, le bilan de cette expérience est très positif. Je n’avais jamais fait de stop sur des longues distances, et je pense que c’était une bonne idée de commencer par ça afin de prendre confiance dans cette pratique. J’ai pu élargir ma zone de confort et confirmer mon intérêt pour ce mode de déplacement lors de mon futur voyage. J’ai rencontré des personnes très sympas, qui ont accepté (ou non) de me faire une place dans leur véhicule pour m’aider. Nous avons eu des conversations intéressantes de par nos différences et je n’aurais peut-être jamais eu l’occasion de rencontrer une factrice de Moselle exilée à Paris, un fervent communiste au logo des Insoumis tatoué sur le poignet ou un chef de chantier Lidl Turc et tristement divorcé à cause de ses déplacements, sans cette expérience. J’ai envie de croire qu’une écrasante majorité d’humains est bienveillante et ils.elles me l’ont prouvé. Je crois que je compte bien réitérer.

J’ai conscience que ce mode de transport ne parlera pas à tout le monde, et c’est normal, mais j’avais envie de partager cette partie de mon projet et la mise en application que j’en ai fait car ça a été un moment assez important pour moi !

Je suis évidemment preneuse de tout.e conseil, remarque, critique, ou encouragement !

Merci pour ta lecture et à très vite,

Anaïs

3 commentaires sur “Préparer mon projet en allant à Metz en stop

  1. Salut Anaïs, je viens de découvrir ton blog et surtout cet article qui me rappelle mes premiers stops! Je te souhaite plein de courage pour ton projet, les auto-stopeuses qui ont le courage de se lancer en dehors de leur pays sont rares (mais il y en a, j’en ai croisée sur ma route!). Hâte de découvrir tes aventures! Ph

    Aimé par 1 personne

    1. Hello ! Je réponds avec pas mal de retard à ton commentaire, qui m’avait fait très plaisir ! A un mois du départ, tout est plus concret… ! Et d’ailleurs, si tu as des conseils pour le stop en Amérique latine, je suis tout à fait preneuse !
      A très vite et bonne route !

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