Ebullition interne

C’est dans ces moments de brouillard, de fourmillement interne, de doute et de grands événements que la douce fièvre de l’écriture me saisit.

Quand il faut penser à mille choses et que les listes deviennent des amies précieuses, quand les temps sont durs et que se confier à soi-même guérit le cœur, quand la vie s’emballe et que je n’arrive plus à suivre mes propres décisions.

Et ce soir, pour la première fois depuis longtemps, j’écris pour moi, mais aussi pour celles et ceux qui me liront.

J’en suis là. Plus de trois ans après mon départ, je décide de repasser un petit morceau de temps dans l’Hexagone, qui vu d’ici, a l’air un peu à feu et à sang mais rempli de belles gens déterminées et prêtes à en découdre avec les injustices en place.

Depuis le mois de janvier, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui m’ont donné l’envie d’aller voir ce que c’est d’être nomade en France. Les copaines qui vivent en camion et qui font de la slack tout l’été, l’orchestre chansonnier qui se déplace à vélo, les stages de Clown pour se découvrir de nouvelles passions, les festivals de théâtre et d’art de rue, de danse traditionnelle ou que sais-je…

Cette France-là, je ne la connais pas. Engoncée dans un moule solide et tenace, j’ai toujours touché du doigt cette vie-là, elle n’était jamais très loin de moi, et pourtant si éloignée de ce que j’avais choisi de vivre il y a quelques années. Ces trois ans m’ont permis de sortir de ce moule et de le cramer. La vie que je choisis aujourd’hui ne se trouve pas dans des bureaux. J’ai appris, vu et découvert tellement plus de choses ces trois dernières années que les dix années d’avant. Je me remercie du fond du cœur d’avoir pris cette décision et d’être partie une première fois.

Devenir sédentaire en Martinique, je ne m’y attendais pas. Mais après deux ans de vadrouille en bateau, j’avais été frustrée de nombreuses fois de ne faire que « croiser » des dizaines de personnes que j’aurais aimé prendre le temps de connaître vraiment. Ça m’a fait un bien fou de pouvoir le faire ici. Un an c’est court et c’est long à la fois. Je me sens grandie des relations construites ici et en même temps encore frustrée et triste de quitter des ami.e.s de qui j’ai encore tant à découvrir. Je sais que je me sédentariserai de manière durable, un jour, mais pour le moment j’ai encore soif de déplacement lent, de rencontres au fil des jours, de découvrir d’autres cultures. Je vais donc commencer par celle d’où je viens et vivre la France autrement.

Ces trois dernières années, je n’ai presque pas voyagé seule, en vérité. J’ai rencontré Ludo trois semaines après mon arrivée en Martinique, en février 2020, juste après nos Transatlantiques respectives, et nos routes se séparent après trois ans de cheminement commun, juste avant nos Transatlantiques respectives. On a vécu des tas d’aventures et on a appris et grandi ensemble. C’était beau et je suis reconnaissante à l’océan de l’avoir mis sur mon chemin. J’ai gagné un ami pour la vie.

Début mai, j’embarque sur un magnifique voilier qui me déposera en Bretagne quelques semaines plus tard. D’ici là, je suis au cœur de l’organisation d’un festival de rue, et je prépare un spectacle avec Ludo pour ce même festival. Les trois petites semaines qui arrivent vont être absolument méga trop chargées, je n’ai le temps de penser à rien et en même temps je dois penser à tout, et c’est pour cette raison que j’ai pris le temps, ce soir, d’aligner quelques mots qui me font du bien et que j’avais envie de partager.

5 commentaires sur “Ebullition interne

  1. Bon voyage « retour », Anaïs! (« Retour » semble un mot tellement inapproprié, alors que tant de choses ont changé pour toi pendant ces 3 années…) J’ai hâte que tu nous racontes ta découverte de la communauté nomade qui se déplace en France, cela poussera les personnes domiciliée en France à se dire que l’inconnu n’est finalement pas si loin (et je m’inclus dans cette catégorie !). 😉

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  2. Quel beau projet ! Je suis très contente de te lire de nouveau, et je suis sure que tout ce doute et ce fourmillement t’apporteront ce dont tu as besoin. Si jamais tu veux t’éloigner un petit peu de l’hexagone et venir me voir aux Pays-Bas, ma porte t’est toujours grande ouverte ! A bientôt et profite à fond 🙂

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