En 2020, j’ai appris à naviguer !

En arrivant dans les Antilles après ma Transatlantique, j’étais un peu déçue de n’avoir pas plus appris à naviguer. La Transat nécessite peu de manœuvres et le vent est plutôt constant donc il n’y avait pas beaucoup de choses à faire. Bon, mon coude dans l’attelle n’arrangeait rien et il m’était difficile d’être curieuse et de m’intéresser à la théorie en posant des questions à Moana sans pouvoir pratiquer en même temps ! Après la traversée donc, je savais vivre sur un bateau, ce qui est déjà une compétence en soi, mais pas naviguer.

La joie des couchers de soleil et des arcs-en-ciel combinées

Rencontrer puis vivre avec un prof de voile hyper sympa et pédagogue n’était pas calculé du tout, mais cependant fortuit ! Pendant le confinement, je goûtai à la voile légère et compris une infime partie du fonctionnement du vent. Pour moi, les cours de voile ont vraiment commencé quand, après le premier confinement, on s’est vu prêter Féesnomen, un p’tit Sangria de 7,6m. Pour la petite histoire, l’architecte du Sangria, Philippe Harlé, donnait des noms d’alcool à tous les bateaux qu’il dessinait. On peut donc trouver sur l’eau des Muscadet, Armagnac, et autres Cognac…
Féesnomen a été acheté il y a quatre ans par deux sœurs, novices de la mer. Elles ont renommé le bateau Fées No Men (en gros les femmes sans les hommes). Parce qu’en effet, sur la mer, on trouve (trop) peu de femmes, et (trop trop trop) peu de femmes seules à bord, sans présence masculine. Un ami marin m’a d’ailleurs dit il y a peu que d’après lui, il y avait un truc inné qui faisait que les hommes aimaient plus la mer que les femmes. A mon humble avis, ça a plutôt un lien avec les injonctions sociétales à encourager la peur chez les femmes depuis leur plus jeune âge et l’inverse chez les hommes. Alors GO WOMEN GO ! Achetez des bateaux, apprenez à naviguer, partez en voyage, traversez des océans ! Pardon, je m’emporte (mais quand même). Avant de retourner à mon sujet initial, je termine cette aparté avec une gigantesque vague d’admiration pour Clarisse Cremer, qui vient de finir à 31 ans 12e du Vendée Globe (tour du monde par les 3 cap sans escale en solo) avec le meilleur temps féminin de l’histoire de la course (87j). Idole infinie !

J’en étais où ? Oui, ma rencontre avec Féesnomen. Ce petit bateau qui ne devait être pour nous qu’un passage de quelques semaines nous a accompagné pendant 7 mois, et fait voyager sur les côtes Martiniquaises et Guadeloupéennes. C’est en vivant sur Féesno (c’est son p’tit diminutif) que j’ai réellement commencé à apprendre à naviguer. Dès les premiers jours, j’ai dit à Ludo : je veux être autonome sur ce bateau. Ravi de ma motivation, il a commencé à me transmettre ses connaissances. De mai à décembre, j’ai découvert. Le vent, les voiles, les manœuvres. J’ai passé du temps à faire des nœuds pour qu’ils deviennent enfin naturels et automatiques. J’ai pleuré de rage en hissant la voile de toutes mes forces sans parvenir à monter les dix derniers centimètres. J’ai appris à être et me sentir en sécurité. J’ai pris confiance en Féesnomen. J’ai appris à sentir la force du vent et à prendre les décisions adéquates. J’ai appris à connaître ce bateau et ce qu’il était capable de supporter. J’ai découvert la joie de se déplacer d’un endroit à un autre à la voile, sans utiliser de moteur (parce que durant presque tout ce temps là nous n’avions pas de moteur). J’ai apprécié (parfois pas du tout) la lenteur et l’attente, quand le vent n’est pas là et qu’il est pourtant notre seul moyen d’avancer. J’ai appris l’anticipation, compétence nécessaire pour naviguer seule. J’ai observé Ludo veiller sur ce petit bateau et lui apporter les soins nécessaires pour qu’il nous emmène toujours plus loin (le bricolage n’est pas encore mon meilleur copain mais je vais m’y mettre, promis). Je me suis amarinée en vivant sur ce minuscule navire où chaque vague nous faisait gîter dans tous les sens. J’ai découvert la vie à deux dans quelques mètres carrés encerclés d’eau, où il faut laisser de l’espace à l’autre, ne pas se marcher dessus, garder le bateau rangé en toute circonstance.

Féesnomen lors de notre dernière nav ensemble (Guadeloupe-Martinique)
Est-ce que j’ai dit que c’était exigu ? (il y a une cabine à l’avant avec un petit lit pour deux)

On a fait du bon boulot, Ludo, Féesno et moi. A partir de septembre, les signes de mon autonomie grandissante s’enchainent. Ca commence par une petite nav toute seule, une petite heure en fin de journée, Ludo est à côté avec des ami.es à qui il apprend à naviguer sur leur bateau nouvellement acheté. Départ du mouillage, navigation, retour au mouillage. Comme une enfant qui fait ses premiers pas, d’un appui par encore totalement franc, je me rends compte que je sais faire. J’en suis capable. Fierté.

Les occasions de naviguer seule ne sont pas nombreuses, cela m’arrive deux ou trois fois, mais toujours sur de toutes petites navigations. La consécration arrive quand Ludo achète son bateau en Guadeloupe et que nous devons ramener Féesnomen en Martinique. Nous naviguons donc avec les deux bateaux, et je suis responsable de Féesno. La nav se passe en deux parties. Une première de Guadeloupe jusqu’aux Saintes (2h), une seconde des Saintes jusqu’en Martinique (20h). Je n’étais pas sûre de vouloir naviguer jusqu’aux Saintes seule, donc je le fais avec un couple de touristes qui nous ont pris en stop deux jours plus tôt. Ils voulaient aller aux Saintes et je leur ai donc proposé d’y aller à la voile avec moi. Me voilà donc responsable du bateau, et de deux personnes qui ne sont jamais montées sur un voilier ! Après expérience, je pense que ça aurait été plus simple seule, justement ! Cela dit c’était hyper intéressant, ils étaient très contents de l’expérience, et moi très fière d’avoir été responsable du bateau avec des débutants à bord. Pour naviguer jusqu’en Martinique, j’embarque Daphné et Sandra, qui ont déjà une petite expérience de bateau : la même navigation, dans l’autre sens à bord de Féesno avec nous. Pendant 20h, alors qu’on vogue sur ce petit bateau pour aller le remettre à sa place, on se dit un peu au revoir, Féesno et moi. Alors que nous sommes sous le vent de la Dominique, dans la pétole (= pas de vent), le moteur si bien réparé par Ludo nous abandonne et décide que nous finirons la nav sans lui. Dommage, on en avait bien besoin. Ludo et Aï, son bateau, arrivent alors à notre rescousse et nous tractent jusqu’à ce qu’on retrouve la vent. Même si je me sentais un peu nulle (bien que ce ne soit pas de ma faute), cette décision nous a évité des heures et des heures d’attente du vent au large de la Dominique… On réutilise le même procédé une fois sous le vent de la Martinique, le soir même. Malgré ces quelques kilomètres tractés, j’étais extrêmement fière de cet accomplissement ! J’avais ramené Féesno en Martinique, je savais le naviguer seule et avec des équipier.es. Merci 2020 pour cette belle progression, moi qui n’était jamais montée sur un habitable avant le 5 janvier de cette même année !

Aï au large de la Dominique

Depuis, nous vivons sur Aï, le bateau de Ludo, qui lui fait 10,6m, et donc (vraiment) plus spacieux. Je ne suis pas encore prête à le naviguer seule, et Ludo n’est pas prêt de me laisser déplacer sa maison sans lui ! Mais j’ai quand même le droit, quand j’en ai envie, d’être « capitaine » de la navigation, et de prendre les décisions pendant la nav (dans la limite de si je fais une grosse connerie il intervient). En effet, on a réalisé il y a peu avec Ludo que je suis beaucoup moins motivée pour naviguer quand je n’ai pas de « responsabilités ». Lorsqu’il prend toutes les décisions, il est très efficace et je n’ai pas vraiment le temps de réfléchir, alors je me repose sur lui, et le bateau devient alors un « moyen de transport » comme un autre dans lequel « j’attends » d’arriver à destination. Je caricature un peu, parce qu’évidemment j’effectue quand même les manœuvres, les réglages, etc… mais pas avec la même conviction lorsque je n’ai pas de responsabilités. L’envie d’être autonome est mon meilleur boost ! Je n’en suis pas au Vendée Globe mais si un jour je pouvais faire des (plus) grandes navigations en solitaire, je crois que ça ne me déplairait pas, en terme de dépassement de soi et d’accomplissement.

Voilà, en quelques mots, l’histoire de mon apprentissage de la navigation en 2020… To be continued !

Et vive les femmes sur l’eauuuuuuu

9 commentaires sur “En 2020, j’ai appris à naviguer !

  1. J^ai adoré….Stan ne connaissait rien de la voile….et nous sommes allés jusqu’à Tahiti!!Bisous.

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  2. Anaïs
    Que de belles aventures en 1 an
    En lisant ton récit
    On imagine les images
    Bravo à toi pour ton courage et ta détermination.
    Bonne continuation
    A bientôt de te lire
    BISOUS 😘😘😘
    Valérie

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