À un mois tout pile du grand départ, je ne réalise toujours pas le chemin que je suis en train de prendre. Certain.es en entendent parler depuis un an et demi. Un an et demi que l’idée de ce voyage mûrit dans ma tête. La réalité court après le rêve et dans un mois, elle le rattrapera.

Au revoir Paris
Il y a déjà deux mois, mon contrat de travail prenait fin. Je me retrouvai en vacances à durée indéterminée pour la première fois, prête à savourer une liberté jusqu’alors inconnue. Deux semaines plus tard je quittai Paris. J’avais beau savoir depuis huit mois que ce jour arriverait, je n’avais que moyennement envie de quitter cette ville et tout ce qu’elle représentait pour moi. Paris est riche de découvertes et de rencontres, elle a chaque jour des nouvelles choses à montrer, on peut la connaître sous des milliers de facettes différentes. Avec elle je quittai aussi des colocs géniaux, des collègues adorables, des ami.es et des sourires chers et précieux. J’ai réalisé en disant au revoir à tout le monde et en pleurant toutes les larmes de mon corps que j’étais très bien entourée et qu’avoir des gens qui me soutiennent (en venant passer 8 jours à Paris pour m’aider à déménager par exemple) et me laissent des mots d’encouragement dans des petits carnets, ça n’a pas de prix.
En rendant mon appartement mi-octobre, la réalité m’a donné une tape sur l’épaule. Je n’avais plus de maison. C’était assez curieux, ce sentiment de ne plus avoir de chez-moi. A ce moment-là, j’avais seulement avec moi un sac à dos contenant quelques affaires. C’était lui, mon nouveau chez-moi. Et c’est ça qui est magique : grâce à lui, je pouvais être à la maison partout. Certes, le confort de ma chambre, de mon appartement, n’existait plus. Mais j’avais mon sac et grâce à lui, partout où j’irais la rencontre serait possible et partout je pourrais me sentir à la maison.
Bonjour liberté
Le pouvoir du sentiment de « je suis partout chez moi », je l’ai vécu pendant deux semaines en octobre. Via 2300 kilomètres en stop à travers la France et la Belgique, j’ai revu des personnes qui m’avaient marquée, j’en ai rencontré des nouvelles et où que je fusse, je me suis toujours sentie la bienvenue, accueillie chaleureusement dans une dynamique de partage de valeurs, de cultures et de moments de vie.
Le stop s’est presque toujours révélé facile, en compagnie de personnes bienveillantes et ouvertes aux autres. On m’a demandé pourquoi je faisais du stop, pourquoi pas le train, le covoiturage. On m’a demandé si j’avais peur de me faire agresser. Si j’étais radine. La gratuité du mode de transport fait évidemment partie des arguments non négligeables mais ce n’est rien à côté de l’opportunité de rencontrer des personnes qu’on n’aurait pas rencontrées autrement et d’être flexible et libre de modifier ou adapter son itinéraire comme bon me semble (et même de prendre le train quand je suis trop épuisée de faire du stop !).
Ces quinze jours de ballade m’ont marquée. Je me suis d’abord retrouvée au coeur de l’économie sociale et solidaire lilloise, grâce à Christophe et sa Ch’tite Maison Solidaire qui paye le loyer de plusieurs familles en situation de précarité en louant sa maison sur Airbnb. C’est un projet génial étendu à de nombreuses autres maisons et si vous cherchez un hébergement à Lille, contactez-le ! Christophe m’a présenté Gui et Franck, de La Consignerie, qui vend de la bière en bouteilles consignées en région lilloise. Gui m’a offert des conversations passionnantes et Franck m’a aussi permis de rencontrer Margaux, qui créée une encyclopédie du Clitoris en ligne, Good Morning Clit. Génial, non ? Et ce n’est qu’un échantillon des rencontres que j’ai faites à Lille en… trois jours ! J’ai adoré retrouver cette ville dans laquelle j’ai passé un an et demi quand j’étais en école de commerce sous une toute nouvelle perspective.
Après un crochet à Ath (Belgique) où je me suis faite tatouer pour la première fois (!), je suis allée à Courtrai, revoir Iradj, un iranien d’environ 50 ans rencontré à la fête de l’Huma et qui m’avait appris une chanson en perse. J’étais heureuse de retrouver la chaleur iranienne. La sœur d’Iradj avait préparé un festin. Elle ne parle pas un mot d’anglais et nous communiquions majoritairement par des sourires et des étreintes, jusqu’au moment où nous avons chanté ensemble et où elle et son amie m’ont appris à compter jusqu’à 100 en perse. C’était assez fou de se retrouver plongée dans la culture iranienne au fin fond de la Flandre…
J’ai enchaîné avec Liège et Bruxelles. La gentillesse et la bière belges, des retrouvailles avec des ami.es d’horizons divers, la fête, le plaisir d’être ensemble… et plein de stop !
Je voulais aller en Bretagne avant mon départ car je n’y étais jamais allée et que le chauvinisme breton m’avait donné envie de découvrir cette mystérieuse région. Heureuse synchronicité que mon coloc ait un appartement dans le Finistère, en bord de mer, et que ma meilleure amie ait envie de tester le stop en ma compagnie ! J’ai découvert les Fest-Noz, fêtes bretonnes où tout le monde participe aux danses traditionnelles. Les enfants parlent breton, les jeunes et les moins jeunes font la fête tous ensemble, on apprend aux novices à danser… Je n’ai pas eu cette culture dans le Sud, je ne sais même pas à quoi ressemblent les danses occitanes ! Cette culture de la tradition était vraiment nouvelle pour moi.
Finalement, après une traversée de la France de Guingamp à Montpellier en 12h, à deux, soit 1000km de stop en une journée, le retour chez les parents m’a permis de me reposer (un peu), mais surtout d’ENFIN commencer à préparer concrètement mon départ !
Place au grand départ
5 janvier 2020.
Marseille, 11h.
Un avion décollera.
Et je serai dedans !
Quoi ?! Elle prend l’avion ? Ah la la elles sont belles les valeurs écologiques…
(Oui, je disais ici que je ne prendrais pas l’avion de mon voyage, et j’ai passé l’année à le dire à qui voulait bien l’entendre)
En réalité… Je ne prends l’avion que jusqu’aux Canaries, où je devais me trouver le 5 janvier. Comme je voulais passer Noël en famille, cela me laissait 10 jours pour aller au fin fond de l’Espagne, trouver un bateau allant aux Canaries, faire le trajet (au moins 48h)… C’était logistiquement compliqué (et plus cher !) de pouvoir être à l’heure à Tenerife. A l’heure pour quoi au fait ?
Pour embarquer, pardi ! Un bateau nous y attend… Nous ?
Je vais traverser l’Atlantique à bord d’un bateau à voile de 12 mètres, propriété de Dominique et Sergio, deux retraités qui ont décidé de traverser avec deux équipières : moi et… Moana, ma tante, qui a 34 ans, et qui prend une année sabbatique pour naviguer all around the world ! Elle est passionnée de navigation (et se porte garante de ma formation à bord !), et toutes ses aventures à venir se trouveront ici. C’est grâce à elle que nous avons trouvé le bateau. Et je suis très heureuse de partir avec elle, déjà parce que je lui fais entièrement confiance, mais aussi parce qu’on s’entend super bien.
Sergio a travaillé dans la marine italienne, et Dominique, franco-chilienne, a toujours fait de la voile. Ils ont acheté le bateau début 2018. Autant dire que sur les 4 membres de l’équipage, je suis de loin celle qui a le plus à apprendre… et ça me ravit ! Un mélange d’appréhension et d’excitation s’empare de moi quand je pense que je vais traverser un océan et me retrouver sur un objet si petit comparé à l’immensité de l’Atlantique… J’essaie de ne pas nourrir trop d’attentes mais j’ai hâte d’apprendre à naviguer (j’ai bien quelques notions, si minuscules à côté de ce que je vais découvrir), d’être entourée par l’eau à perte de vue, de vivre en communauté réduite de 4 personnes pendant trois semaines, d’être déconnectée et d’avoir le temps de penser, de lire, d’écrire… Cette expérience sera probablement inoubliable.
La suite sera nourrie des rencontres que je vais faire, des connexions qui vont se créer… Nous accosterons en Martinique normalement fin janvier et je sais que le carnaval est fin février. Ça me plairait de participer aux préparatifs ! (Je suis d’ailleurs preneuse de contacts en Martinique !). Je rejoindrai probablement le continent ensuite et… advienne que pourra !
Je suis profondément heureuse de pouvoir voyager de la sorte. Je n’ai pas de date de fin, aucun itinéraire, je ne sais même pas quel sera le premier pays dans lequel j’irai. C’est un luxe d’avoir du temps, de pouvoir aller au rythme des rencontres et de mes envies (et des visas…!). On me répond souvent « oui enfin à un moment t’auras plus d’argent« . Mes finances ne sont pas infinies, c’est clair ! Si j’ai envie de continuer mon voyage alors que je n’ai plus d’argent, je pourrai essayer d’avoir un Visa permettant de travailler par exemple. Tout est possible !
Quelle que soient mes envies au cours de ce voyage, j’essaierai d’y répondre. Si ce voyage devient ma manière de vivre et d’évoluer pour quelques années, c’est top. Et si cela ne me convient pas, si dans six mois j’ai envie de retourner en France, c’est top aussi ! Zéro règle, si ce n’est celle de m’écouter.
Un temps, je rêvais d’avoir un projet à moi, qui caractérise mon voyage et de construire mon périple autour de ce projet, écologique ou féministe par exemple. Je suis finalement contente de ne pas en avoir. En me libérant du maximum de contraintes et en m’ouvrant à la connexion aux autres, je vais probablement découvrir des personnes, des modes de vie dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence. Et de ces connexions naîtront peut-être des projets, en accord avec mon état d’esprit à ce moment-là.
Un mois. Un mois et encore tant de choses à vivre avant de partir. Je n’ai pas hâte, je veux dire que je n’ai pas envie que le temps qu’il me reste passe plus vite. Je veux profiter de la France, de Montpellier, de mon entourage encore un peu. Le 5 janvier, je serai prête.
Tes rencontres sont tellement riches! en dehors de m’apprendre le français, ton blog m’inspire aussi.
Hâte de te voir la semaine prochaine!
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Merciiii Josh ! J’ai trop hâte aussi !!!
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Trop belle philosophie que d’écouter ton instinct pendant ton voyage et faire confiance aux rencontres que tu vas faire ! Je suis sûre que tu vas faire plein de super rencontres !!! Et grâce à tes experiences en stop et d’impro tu vas très bien t’en sortir ! 😉
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Merci Clothilde pour ton message et pour toutes ces bonnes ondes ❤
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C’est tout simplement magnifique d’entreprendre ce voyage en te laissant porter par le vent .
Tu es riches de belles rencontres déjà , et ta confiance est un atout certain .
Je suivrais ton aventure avec plaisir .
😘
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Salut! Si en Martinique tu ne sais pas ou loger et que tu as une tente ou un hamac il y a un camp hippie-bateaustoppeurs au Marin. Ils récupèrent les surplus des bateaux de locations pour se nourrir. Pour savoir où c’est demande aux autres voyageurs sur place. Sinon pour dépanner tu peux demander à l’école de yoles (les voiliers typiques des Antilles) ils sont super sympas et tu pourras faire un tour gratos avec les jeunes apprentis, rigolades garanties 😉 Et finalement en camping sauvage c’est facile un peu partout
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Merci beaucoup pour tous tes tips 😉 si t’en as d’autres n’hésite pas ce sera toujours bienvenu !
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Hello Anaïs.. waouh bel esprit et mode de penser! J’ai hâte de te lire.. c’est une grande experience! Profite encore de ta famille 1 journée.. je suis aussi pour les experiences et les voyages ça permet de s’ouvrir mais personnellement parfois c’est difficile de se décider où vivre 😊. Eclate toi! Bye
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