7h45 – Mon réveil sonne. Pour être certaine de me lever rapidement, ce dernier est à l’autre bout de ma chambre. En cinq secondes, (si je ne m’étale pas par terre en bronchant sur un des nombreux objets qui jonchent le sol) je suis debout, prête à commencer la journée.
8h16 – Après un rapide choix de vêtements, un passage éclair dans la salle de bain et un petit déjeuner sur mon balcon (mon luxe à moi), je prends la route du travail.
8h38 – Sur 40 minutes de trajet, pas le temps de niaiser : j’apprends de nouveaux mots en portugais, je lis quelques pages, je réponds aux textos en suspens.
9h19 – Au boulot ! Mails, réunions, entretiens, tableaux de bords… c’est le passage obligatoire avant que…
18h47 – … La vraie journée commence !
20h01 – Un verre avec des amis, un cours de rock, un spectacle d’impro… il y a forcément quelque chose à faire ! Là est toute la difficulté du rythme parisien… je ne veux rien rater !
00h32 – Après ces quelques précieuses heures, j’aperçois enfin mon lit au fond de ma chambre. Petite douche, quelques minutes de réseaux (on se refait pas…), quelques notes sur ma journée et au dodo.

Une journée vient de s’écouler, j’ai l’impression qu’elle n’a duré que quelques minutes, que j’ai fait plein de choses et qu’en même temps je n’ai eu le temps de rien, que j’ai passé des bons moments mais qu’en même temps je suis peut-être passée à côté des choses importantes. Je n’ai pas eu le temps de songer à mon projet, par exemple. Tous les jours, je me dis que je vais me bloquer un petit temps pour y penser. Tous les jours, à minuit et demi, je me dis « mince, mais je n’avais vraiment pas le temps aujourd’hui. Demain. ». Je me retrouve emportée dans ce tourbillon incessant d’activités, de boulot, d’amis ou d’événements. Jamais je ne me pose tranquillement chez moi pour me reposer, penser aux choses importantes ou prendre des décisions…
Je ne sais pas si ce « phénomène » est inhérent à Paris. Par contre je sais qu’ici, il y a tellement de choses intéressantes à faire et de gens à voir et à rencontrer que j’ai le sentiment que pour un moment passé seule chez moi, je rate dix trucs géniaux. Et comme j’ai envie de tout faire et de ne rien manquer, je ne suis jamais chez moi ! J’ai toujours aimé faire plein de choses et eu ce côté un peu hyperactif, mais depuis que je suis à Paris il n’a jamais été autant stimulé !
(Du coup si des gens passent par là et ont des techniques pour se « forcer » à prendre du temps pour soi, je suis preneuse !)
L’idée, c’est de savoir s’écouter et de parvenir à définir ce dont on a besoin à un instant précis. On peut ressentir le besoin de tout faire à travers l’écosystème Parisien pendant dix jours, puis avoir envie de se poser et de faire des soirées tranquilles pendant les dix jours suivants. Et je crois que je ne m’écoute pas toujours très bien. Pire, je m’inquiète pour ma santé mentale quand j’ai envie de prendre du temps pour moi ! Par exemple cette semaine, j’ai apprécié passer deux soirées seule chez moi. Du coup je me demande si je vais bien ou si je n’ai pas un problème que je n’arrive pas à formuler ! En fait, je crois que je me suis juste écoutée, j’ai seulement pris du temps pour réfléchir un peu et me remettre à écrire.
Même si je ne passe pas beaucoup de temps seule à réfléchir à mon voyage quand je suis plongée dans ma routine quotidienne, j’ai quand même récemment passé deux week-ends complètement en relation avec mon projet et qui m’ont permis de faire de très belles rencontres. Petit récit de ces moments hors du temps et de ces personnes inspirantes.
Pour le premier, je suis partie seule en stop aux Sables d’Olonne, pour « m’entraîner » à faire du stop (j’ai d’ailleurs fait mon premier trajet en Porsche !), découvrir le CouchSurfing (pour ceux qui ne savent peut-être pas, le CouchSurfing permet à des hôtes de mettre à disposition leur lit/canapé libre à des gens de passage, gratuitement) et voir l’Océan. Je n’ai pas été déçue : j’ai rencontré des gens adorables, et très différents des personnes que je côtoie au quotidien. Certain.es se sont confiés.es à moi comme si nous nous connaissions depuis toujours et j’ai été très touchée par l’authenticité des liens éphémères qui se sont créés le temps d’un trajet ou d’une soirée. C’est comme ça que je me suis retrouvée à vendre des nems sur le marché des Sables d’Olonne, à parler de sexualité avec une femme de la génération de mes parents, à faire un Haka tahitien sur la plage, ou à prendre le goûter sur une aire d’autoroute avec des jumeaux de 3 ans dont le père me ramenait à Paris et qui ont crié « Anaïs ! Bisouuuuu ! » quand je suis partie. Chacune de ces expériences mériterait un récit à elle seule ! Quel bonheur de rencontrer tout ce monde et de vivre ces moments grâce à ce nouveau mode de voyage que j’ai désormais pleinement adopté. J’ai découvert une région de la France d’une nouvelle manière et c’était très ressourçant. Bon, je n’ai pas du tout eu le temps de penser à mon projet, trop occupée à découvrir de nouvelles personnes, mais j’ai pu (me) prouver une fois de plus que c’est la bienveillance qui prime et que le monde (ou en tout cas la France) n’est pas aussi dangereux que ce que l’on croit. C’est vrai que l’écart entre les gens qui croient que je vais me faire enlever par la première voiture qui s’arrête et mon expérience est gigantesque. J’essaie de sensibiliser mon entourage au fait que les chances que je tombe sur quelqu’un de dangereux sont vraiment très minces, mais je crois qu’on voit tellement d’histoires horribles dans les médias que c’est difficile d’effacer toute la peur avec ma seule expérience.
La semaine d’après, j’ai participé à la Mad Jacques : une course en autostop qui mène 2500 personnes de partout en France jusque dans la Creuse, pour ensuite passer 36h de festival tous ensemble. J’ai fait cette course avec mon amie Lauren, qui est sud africaine. Elle n’avait jamais fait de stop et c’était génial de pouvoir lui faire découvrir ce mode de transport, pas forcément possible dans son pays… Encore une fois, nous avons fait des rencontres surprenantes et marquantes : un chauffeur nous a fait visiter Chartres, « là tu vois, c’est le tribunal, c’est là où mon cousin a été jugé. Et là, juste à côté, c’est la prison où il a été, comme ça t’as juste à faire un pas pour y aller ». Un couple de retraités a fait un détour de près de 50km pour nous emmener à destination, puis boire un verre avec nous. Les séparations se sont faites des larmes dans les yeux et dans la voix… « les jeunes comme vous, ça donne de l’espoir… nous on a fait mai 68. Maintenant, c’est à vous d’agir ! On a voté Les Verts pour vous aider ». Après ce festival de bienveillance et de superbes rencontres, nous sommes rentrées à Paris grâce à un chauffeur poids lourds ! Mon premier voyage en 36 tonnes s’est fait avec Yoann, chauffeur espagnol qui n’avait jamais pris personne dans son camion en 20 ans de route. Le temps de quelques heures, il nous a ouvert son petit chez lui, il a partagé avec nous son quotidien de solitude et d’asphalte. Une belle conclusion de ce week-end hors du temps.
La Mad Jacques m’a aussi permis de rencontrer des personnes admirables et inspirantes. Je crois que c’est très important de rencontrer des personnes qu’on admire. Si ces dernières sont seulement dans les livres ou sur internet, leurs accomplissements restent trop loin de nous, pas assez « concrets » et on ne se rend pas compte à quel point tout est possible. J’étais donc enchantée de rencontrer ces role models d’un jour qui sont allé.es au bout de leurs rêves de découverte et avec qui j’ai pu discuter de mon projet.
Charlotte est partie 13 mois en Amérique Latine, en commençant par prendre un bateau pour la Transatlantique. Elle a profité de l’Amérique du Sud, notamment en stop. Les gens qui partent en bateau et qui font du stop en Amérique du Sud ne sont donc pas que dans les blogs ! Charlotte, elle m’a écrit un joli texte. Un joli texte qui m’a donné beaucoup de force. Peut-être qu’elle m’autorisera à le publier (oui, elle m’a autorisée !), il constitue une belle réponse à mon dernier article sur mes peurs.

J’ai aussi rencontré Ben. Je le connaissais déjà un peu, grâce à mon blog. Comme il en a un lui aussi, on avait découvert nos projets respectifs et un peu échangé. Belle coïncidence de la vie, on s’est retrouvés par hasard à la Mad Jacques. Depuis le mois de janvier, Ben a parcouru la France et l’Allemagne en stop. Il a adopté ce mode de vie pour casser sa routine, explorer de nouveaux endroits et rencontrer de nouvelles personnes (c’est pas moi qui le dis, c’est lui, dans son blog). Discuter de son projet avec lui, de son mode de vie, jusqu’à la liste de ce qu’il a dans son sac (de 25L seulement !), ça a vachement concrétisé mon départ. En parlant en face à face avec quelqu’un qui vit actuellement une expérience qui se rapproche beaucoup de celle que je souhaite vivre, j’ai pu retrouver la petite étincelle qui, dans mon cœur, me donne cette envie irrésistible de partir. Pas que je n’avais plus envie hein, mais comme dit plus haut, mon rythme de vie a tendance à me faire oublier que dans 6 mois, c’est le grand départ pour moi aussi.
Je suis extrêmement reconnaissante pour tous ces moments et rencontres inattendus, qui me donnent la force de concrétiser mon projet et de réaliser que c’est vraiment bientôt.
Finalement, je crois que la préparation de ce voyage et de ce changement de mode de vie m’apprend à trouver le bon équilibre entre la frénésie parisienne et le temps dont j’ai besoin pour moi. C’est un exercice quotidien qui me demande d’apprendre à me recentrer sur moi et à m’écouter. Aujourd’hui j’ai beaucoup moins de mal qu’avant à annuler une soirée, parce que je sens que j’ai besoin d’être seule et que je n’en profiterais pas pleinement si j’y allais. Le temps que je passe en tête à tête avec moi-même n’est pas un calvaire comme ça a pu l’être par le passé, mais un plaisir. Et pour moi, c’est déjà une belle avancée !
Voilà, j’ai enfin pris un peu de temps pour moi, pour écrire ces ressentis et retours d’expérience au sujet des deux derniers mois. Et tu sais quoi ? Ça fait vraiment du bien. Alors merci pour ta lecture !
Anaïs